Le miel local: un marché mal structuré et des prix hors de portée

Le miel local: un marché mal structuré et des prix hors de portée

Très recherché pour ses vertus médicinales, le miel local s'écoule en Algérie à des prix qui atteignent 10.000 DA/kg, alors que le consommateur demeure incapable d'identifier le vrai miel du faux, en l'absence de traçabilité dans le processus de production et de commercialisation de ce nectar précieux.

 

Dans un entretien accordé à l'APS, Mme Ghania Zitouni, responsable de la filière apicole à l’ITELV (Institut technique des élevages), évoque l'absence d'un marché structuré de ce produit- considéré par une bonne partie des consommateurs comme un remède "miracle"- parmi les raisons principales de sa cherté.

"Outre la loi de l’offre et la demande, d’autres facteurs sont responsables de la cherté du miel dont la rareté récurrente du produit suite à la sécheresse, l’absence d'un circuit de commercialisation structuré et l'intervention de plusieurs intermédiaires et revendeurs qui n’ont souvent rien à voir avec le domaine", résume-t-elle.

D’autre part, le miel local est absent au niveau des grandes surfaces où on trouve, par contre, du miel d’importation cédé autour de 2.500 DA/kg.

L'ingénieure apicole pointe du doigt deux défaillances principales caractérisant la commercialisation de ce produit: le manque de traçabilité dans la production du miel local ainsi que l’absence de mentions sur les critères de qualité sur l’étiquetage de son emballage.

Pour freiner la hausse démesurée des prix du miel local et le rendre plus accessible aux consommateurs, la responsable de l’ITELV recommande l’instauration d’un marché de miel transparent à travers la création de centres d’extraction et de collecte.

Elle préconise également la relance des coopératives apicoles au niveau de toutes les zones d’activité qui seront chargées de la vente en détail. Pour Mme Zitouni, l'organisation du marché suppose également la garantie d’un produit de bonne qualité qui nécessite un contrôle de tout le processus de production, à commencer par la période de nourrissement et le traitement sanitaire des abeilles jusqu’à la mise en pot, l’emballage et le stockage du produit.

 

Accréditer des laboratoires compétents pour distinguer le vrai miel du faux

 

Quant à l'identification du miel authentique, Mme Zitouni affirme que "la seule manière de reconnaître le miel pure du faux miel c’est de le faire analyser par un laboratoire compétent".

A ce propos, elle a confirmé l’existence de laboratoires étatiques et privés qui interviennent surtout après les périodes des récoltes pour vérifier la qualité du produit.

"Mais ces derniers ne sont pas accrédités par ALGERAC (organisme algérien d’accréditation) en tant que laboratoires compétents dans le domaine des analyses du miel", note-t-elle.

Cela constitue "une véritable contrainte au développement de la filière puisqu’il faut garantir la qualité du produit par le biais de laboratoires disposant d’un certificat d’accréditation", a-t-elle argué.

Une fois accrédités, ces organismes pourraient également assurer le contrôler du miel importé et vendu dans les étalages et vérifier sa conformité aux normes, assure-t-elle avant de préciser que l'Algérie se réfère notamment, dans ce domaine, au code alimentaire (Codex) établi par la FAO et l'OMS.

"En outre, le bulletin d’analyse remis par ces laboratoires permettrait aux producteurs nationaux d’exporter leur production", fait-elle valoir.

Elle assure, à ce propos, que l’lTELV, avec l’accompagnement d’Algerac, travaille pour renforcer son laboratoire afin de s’inscrire dans la démarche d’accréditation pour répondre au besoin de la profession. Mme Zitouni affirme, par ailleurs, la détermination de l’Algérie d’adopter des mesures pour la certification du miel à travers un système de traçabilité permettant de connaître toutes les étapes et conditions de la production du miel depuis le rucher jusqu’au produit fini.

Les démarches d’authentification du miel seront d'ailleurs discutées lors d’une journée d'études qui sera organisée lundi par l’ITELV, en collaboration avec l’organisme algérien d’accréditation, à laquelle seront conviés tous les acteurs de la filière apicole, annonce-t-elle.

 

Mettre fin à certaines fausses idées reçues sur le miel

 

D’autre part, Mme. Zitouni, relève certaines fausses croyances chez les consommateurs concernant ce produit précieux.

Elle évoque notamment les croyances répandues sur le vieux miel que les gens conservent précieusement dans les placards pendant de longues années pour l’utiliser comme remède.

Or, le vieux miel, même s’il reste comestible, "perd ses vitamines ainsi que toutes ses propriétés nutritionnelles", fait-elle savoir.

En revanche, les gens boudent le miel cristallisé en croyant que c’est du sirop de sucre alors qu’en vérité le miel frais finira toujours par cristalliser.

"C’est un phénomène naturel qui n’altère pas la qualité du miel", assure-t-elle.

Selon ses explications, cette réticence des consommateurs par rapport au miel cristallisé pousse certains apiculteurs à chauffer leur produit pour le liquéfier, "ce qui peut conduire à la dégradation de sa qualité".

Approché par l'APS, Ahmed Lamour, un apiculteur originaire de la région montagneuse de Djebel El Ouahch (Constantine), observe, à son tour, le comportement de certains consommateurs qui considèrent, à tort, que le miel est "vrai" tant qu'il se vend cher.

"Pour les consommateurs en quête de miel pur, le prix est gage de qualité du moment qu'ils n’ont pas les moyens d’évaluer l’authenticité du produit", explique-t-il.

A une question pour connaître le prix "raisonnable" d'un kilo de miel, il dira qu'il devrait osciller entre 3.500 et 5.600 DA, selon la variété.

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